L’émergence d’un marché nourricier dans la capitale, c’est-à-dire l’inscription de la pratique du nourrissage, remonte au XIIIᵉ siècle. En France, un édit du XIVᵉ siècle fixe même la rémunération des nourrices de la région parisienne. Gonesse fait partie des territoires privilégiés pour mettre en nourrice les petits parisiens.

Anonyme, La nourrice, XVIIᵉ siècle
© Paris Musées / Musée Carnavalet Histoire de Paris

Jongkind, Johan Barthold , Graveur, Delâtre, Auguste , Imprimeur, La nourrice, 1862 © Paris Musées / Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
"Point d’enfant dans le peuple". Par cette phrase aussi sobre qu’efficace, Daniel Roche, l’historien du peuple de Paris au XVIIIᵉ siècle, témoigne des effets exceptionnels du placement des petits de la capitale chez des nourrices des régions environnantes à la fin de l’époque moderne. D’une part, les conditions d’hygiène sont meilleures. D’autre part, les mères biologiques, prenant exemple sur les femmes nobles, ne s’abaissent pas à s’occuper de leur progéniture. Face à ce "trafic" de nourrices et de nourrissons d’une ampleur inégalée dans les autres capitales européennes, les pouvoirs publics s’organisent et élaborent au fil du siècle une étatisation du marché nourricier de la capitale. Certaines nourrices gonessiennes sont plus demandées que d’autres et accueillent de nombreux enfants en leur giron. Elles devaient certainement être inscrites dans les listes des bureaux de nourrices de la capitale.
Le " Bureau général des Nourrices et Recommandaresses pour la ville de Paris " ou " Grand Bureau " est créé en 1769. Il centralise le recrute ment des nourrices " sur lieu " et le travail des " meneurs ". Ces derniers sont les intermédiaires chargés de convoyer les nourrices et les nourrissons dans les allers et retours. Ils payent également les nourrices " à distance " tous les mois et apportent des nouvelles des enfants aux parents. Il s’agit plus d’un contrôle du travail accompli et des charges afférentes au métier de nourrice que celui des conditions de vie des nourrissons.


Ici, le Grand bureau de nourrices sur lieu, 24 rue du Cherche-Midi à Paris. Les nourrices et employées de l’agence alignées sur le trottoir devant la boutique, vers 1900 © Collection Grob / Kharbine Tapabor
Opiz ou Opitz, George Emmanuel , Kleist, L. von , Editeur; Le bureau des nourrices, après 1813
© Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris
Il était de mise donc pour les nobles parisiens de mettre leurs enfants en nourrice à Gonesse, quelques-uns décèdent en notre commune ce qui a laissé des traces dans les registres paroissiaux :




Extraits du registre des actes de décès, paroisse de Saint-Pierre Saint-Paul © Service Archives et Patrimoine, ville de Gonesse