
Partie et vitrine de l'exposition dédiées à l'église Saint-Pierre Saint-Paul
© Anaïs Lainé--Lebreton (2025)
L’église Saint-Pierre Saint-Paul est construite au cours des XIIᵉ et XIIIᵉ siècles. Le plan rectangulaire s’inspire de celui de la cathé drale Notre-Dame de Paris. Il est composé d’une nef, de deux larges collatéraux et d’un chœur terminé par un hémicycle entouré d’un déambulatoire sans chapelle rayonnante. Le clocher se situe dans la travée sud du chœur et remonte au XIIe siècle. La nef est couverte en carène de bois recouverte de plâtre. Le triforium date du dernier tiers du XIIIᵉ siècle et le chevet, du XIIᵉ siècle. Avant l’époque gothique, un baptistère se trouvait à l’extérieur de l’édifice à l’emplacement de la première travée du bas-côté sud.
L’élévation rappelle celle de la basilique Saint-Denis. Elle a trois niveaux dans le chœur (grandes arcades, triforium à baies géminées et fenêtres hautes) et deux niveaux dans la nef avec une alternance de piliers forts et faibles. Le décor des chapiteaux est à feuillages.
Cet édifice religieux, le plus ancien de la ville, est en cours de restauration depuis 2019.

Gravure de l’église, XIX ᵉ siècle
© AM Gonesse

Chevet de l’église St Pierre St Paul avant restauration © Mapping Gothic

Chevet de l’église St Pierre St Paul en cours de restauration
© Séverine Lemire
Des similarités avec Notre-Dame de Paris ?
Au mois de mai 2024, des chercheurs de l'un des neuf groupes de travail du "Chantier scientifique pour la restauration de Notre-Dame de Paris", porté par le CNRS et le Ministère de la Culture sont venus visiter l’église de Gonesse. Ce groupe de recherche travaille actuellement à une reconstitution du chevet de Notre-Dame de Paris dans son état initial, du XIIᵉ siècle, avant l'ajout des actuelles chapelles rayonnantes de la cathédrale aux XIIIᵉ et XIVᵉ siècles.
L'église de Gonesse fait partie des quelques églises dont l'archi tecture est fortement influencée par le chantier de Notre-Dame au XIIᵉ siècle. L’objectif des chercheurs est donc d'étudier Gonesse pour comprendre certains éléments qui, à Notre-Dame, ont disparu lors des transformations des XIIIᵉ et XIVᵉ siècles.
L’ampleur de l’édifice religieux gonessien peut, en effet, paraître démesuré par rapport à la taille de la ville à cette époque (900 m²). Gonesse est un bourg de quelques centaines d’habitants. Cela montre toute l’importance de Gonesse et de ses liens privilégiés avec Paris. De nombreux éléments démontrent ce lien : des colonnettes autours des baies extérieures sur le chevet et les clés de voute du chœur par exemple.

Nef et chœur de l'église de Gonesse en 2018 © Service Archives et Patrimoine de Gonesse
Plan de l’église d’après Daniel Bontemps, mis à jour avec les découvertes archéologiques réalisées entre 2010 et 2013 par l’Inrap
© Séverine Lemire

Article des historiens de l’art et archéologues Andreas Hartmann-Virnich, Elise Baillieul,
avec la participation de Heike Hansen et de Dylan Nouzeran (2024)
L’église de Gonesse tient une place de choix dans le vaste paysage monumental de l’architecture religieuse gothique francilienne. Depuis fort longtemps les historiens de l’art ont pu constater un lien de parenté étroit avec la cathédrale Notre-Dame de Paris. Mais alors que l’église principale du diocèse a fait l’objet de plusieurs remaniements qui ont, dès le XIIIᵉ siècle, transformé son architecture, le chevet de l’église Saint-Pierre-Saint-Paul se présente encore de nos jours dans un état assez proche de celui de son achèvement au tournant du XIIᵉ au XIIIᵉ siècle. Avec d’autres églises de l’entourage du grand chantier parisien qui ont échappé à des transformations trop substantielles au cours des siècles, Saint-Pierre-Saint-Paul de Gonesse témoigne du dynamisme des chantiers de son époque au sein desquels le grand projet de la cathédrale, qui mobilisait un très grand nombre d’artisans et une profusion de matériaux de construction, dut jouer un rôle primordial.
L’incendie de Notre-Dame de Paris, survenu le 15 avril 2019, a donné lieu non seulement à un sursaut de solidarité nationale et internationale pour la restauration, mais aussi à une émulation sans précédent de recherches scientifiques. Membre partenaire du Chantier scientifique Notre-Dame, le groupe de travail "Pierre" poursuit actuellement ses travaux au titre d’un programme de recherche intitulé Altior. Les voûtes de Notre-Dame de Paris et la conquête de la hauteur dans l’architecture gothique en France, XIIᵉ-XIIIᵉ siècles, soutenu par l’Agence Nationale de la Recherche et placé sous la direction d’Yves Gallet, professeur à l’université de Bordeaux-Montaigne. C’est dans le cadre de ce projet qu’un groupe de chercheurs a réalisé une brève mais très fructueuse campagne d’étude du chevet de l’église de Gonesse, grâce au soutien du service Archives et Patrimoine de la ville.

Chapiteaux du chœur (à gauche Saint-Pierre Saint-Paul Gonesse à droite Notre-Dame)
© Andreas Hartmann-Virnich, Heike Hansen
Le phénomène est également sensible dans l’élévation intérieure, sur le plan formel comme sur plan technique. Le décor végétal des chapiteaux se distingue par la largeur inhabituelle des feuillages, qui semblent démesurées et davantage conformes aux proportions de ceux des grands chapiteaux de la nef de Notre-Dame dont les feuilles, volutes et crochets sont très semblables. Sur plusieurs tailloirs – c’est-à dire sur les moulures qui portent les arcades et les nervures des voûtes – sont inscrits des tracés géométriques identiques à ceux présents dans la nef de Notre-Dame : de profonds sillons parallèles aux contours marquent la limite du surplomb à libérer de toute surcharge. Mis en évidence par les nombreuses cassures provoquées par la corrosion le mode de consolidation des fûts de colonne sur le pourtour du déambulatoire par des crampons de fer est conforme à celui des éléments comparables dans la nef de Notre-Dame de Paris. L’organisation et la forme des bases des triples colonnes de l’étage du chevet situe le chevet de Gonesse dans l’ambiance du projet pour le haut vaisseau de Notre-Dame, tout comme la mise en œuvre des murs, qui a procédé, comme à Notre-Dame, en ménageant des paires de trous de boulin pour un échafaudage continu d’une travée à l’autre.


Bases des colonnettes de retombées des voûtes (à gauche Gonesse à droite Notre-Dame)
© Andreas Hartmann-Virnich, Heike Hansen
Comparées aux voûtes sexpartites de Notre-Dame, celles du chevet Gonesse sont réduites de près de la moitié en hauteur, mais leur construction est très similaire, d'abord par la forme et le décor végétal et figuré de leurs clefs, certes plus sommaires, ensuite par le recours au même système de cintrage : dans la partie sommitale des doubleaux, ogives et formerets ont été entaillées des séries d’encoches, assorties d’un débord de la nervure sur l’intrados du voûtain, pour y placer des planches d’un coffrage. L’épaisseur des blocs composant le remplissage de la voûte, de 12 cm, est identique à celle, exceptionnellement fine, des voussoirs du chevet de Notre-Dame, où les voûtes deux fois plus larges paraissent d’autant plus audacieuses.

Voûte du chevet après restauration
Plus que de simples similitudes ou analogies, cette parenté étroite pourrait témoigner d’une véritable proximité des deux chantiers de Notre-Dame et de Gonesse et d’échanges entre leurs équipes ou, plutôt, d’un transfert technologique, esthétique et même, peut-être, de la participation d’artisans gravitant autour du grand chantier parisien. Le mélange d’éléments proches du chevet et de la nef de Notre-Dame pourrait situer la conception et exécution du projet après l’achèvement des parties orientales de la cathédrale.
Les artisans : techniques communes entre le XIIIᵉ siècle et aujourd’hui


Techniques de taille employée aujourd’hui similaires à celles du Moyen-âge pour la sculpture des colonnettes de Saint-Pierre Saint-Paul (restauration 2024-2025)


Marques médiévales de tâcherons découvertes par les ouvriers dans le clocher de Saint-Pierre Saint-Paul. Ces signes gravées dans la pierre étaient les signatures des tailleurs de pierre. Ils servaient de marque distinctive pour la rémunération de ces ouvriers, payés " à la tâche "
© Séverine Lemire, © Anaïs Lainé--Lebreton (2025)
1- Compas d’épure
2- Massette
3- Deux pics
4- Deux coins
5- Fragment de colonnette
6- Chapiteau de colonne
7- Sculpture de Jésus enfant

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Vitrine contenant :
- Divers outils de carrier (professionnel travaillant à l’extraction des blocs de pierre avant leur taille au pied du chantier), 18e-19e-20e siècle ; coll. Claude et Françoise Pigeard - Musée de l’Outil, Wy-dit-Joli-Village ; coll. Musée Archéologique Départemental du Val d’Oise, Guiry-en-Vexin.
- Quelques fragments lapidaires de l’église Saint-Pierre Saint-Paul, époque médiévale et moderne, coll. AM Gonesse.
© Anaïs Lainé--Lebreton (2025)
Les artisans parisiens à Gonesse du XVIᵉ au XIXᵉ siècle
Facteurs d’orgues à Paris intervenus sur celui de l’église Saint Pierre – Saint Paul
- 1533 : Antoine Félix;, peintre parisien a travaillé sur l’orgue (AN—MC III 10 et MC LXXXVI 94 en 1548 Créance des marguilliers en sa faveur)
- 1612-1613 : Nicolas Pescheur, facteur d’orgue parisien (ADVO B95/1513)
- 1667 : Adrien "Bunel ou Bunde, facteur d’orgue à Paris y demeurant"

Registre n°3 de l’évêché de Pontoise Spirituel… cultes… Fabrique
© Service Archives et Patrimoine, ville de Gonesse
- 1695 : Julien Tribuot (facteur d’orgues du roi) et Jean Bessart, tous deux parisiens (ADVO E 7011 et 7012).
- 1827 : travaux confiés à M. Allard, facteur d’orgue à Paris.
- 1837 : Demande de réparations à faire à l’orgue… M Gadault, " facteur d’orgue rue Ste Croix de la Bretonnerie à Paris"
- 1839 : Marie-Antoine-Louis Suret "facteur d’orgue demeurant à Paris rue du faubourg saint Martin numéro 119"

Registre n°3 de l’évêché de Pontoise Spirituel… cultes… Fabrique
© Service Archives et Patrimoine, ville de Gonesse
L’autel secondaire de l’église Saint Pierre-Saint Paul
Le panneau central (un bas-relief en bronze représentant le Baptême de Jésus-Christ par Saint-Jean Baptiste) est une copie d’un bas-relief de l’église Saint-Sulpice à Paris. Ce dernier, surmontant l’autel de la chapelle des fonts baptismaux, a été réalisé par Louis Simon Boizot.
Autel secondaire – Bas-côté nord de l’église Saint Pierre Saint Paul - inscrit MH depuis le 16/06/1988
© Séverine Lemire

Travaux d’ornementation du grand-autel : pose de grilles similaires à celles de l’église Saint Eustache de Paris (28 septembre 1687)
"En qu’il était à propos d’y remédier en dorant de nouveau ce qui l’avait autrefois été et en faisant des ornements de dorure ou peinture aux endroits qui demeuraient d’entre fenêtres, qu’il était aussi contre la décence et l’ordre devait les quatre espaces d’entre les quatre piliers de pierre étant entre le tabernacle et le balustre du grand autel, fermés seulement de quatre méchants panneaux de menuiserie tous dissemblables et d’inégale hauteur, au lieu desquelles il convenait y [était ?] mis quatre grilles ou treillis de fer avec fleurons par haut et bas à clairevoie comme il y en a aux églises de Paris notamment autour du cœur de l’église St Eustache…"
Un marbrier parisien
1787-1793 : Pierre François Martin, sculpteur marbrier domicilié à Paris rue Meslay n°76 " intervenu sur les travaux de marbrerie et ayant réalisé les fonds baptismaux de l’église (croquis à droite).

Les Fonts Baptismaux installée dans l’église Saint Pierre Saint Paul ne diffèrent que légèrement du croquis effectué par François Martin dans le registre
© Séverine Lemire

Registre n°3 de l’évêché de Pontoise Spirituel… cultes… Fabrique
© Service Archives et Patrimoine, ville de Gonesse
